2009
11.01

Né en Belgique en 1970, le cinéaste autodidacte Tom Geens a accumulé de nombreuses expériences comme comédien, scénariste et réalisateur de pubs ou clips musicaux. Ses courts-métrages ont obtenu de nombreuses distinctions. Menteur est son premier long.

MENTEUR

Comment avez-vous construit cet univers social si oppressant et ce personnage d’Antoine Malo, véritable anti-héros triste, gris, désincarné et atteint d’un mal-être absolu ?

A l’origine, il s’agissait d’un scripte anglais. J’ai transposé le contexte vers une situation bruxelloise et me suis intéressé aux classes moyennes plus propices aux thèmes que je voulais traiter : les non-dits familiaux, l’importance de la pression sociale, la perte d’identité et la difficulté à trouver sa place dans le groupe. Le personnage était plus décalé, plus « British ». Je lui ai ajouté un aspect plus normal, une neutralité assez caractérisée et surtout une forte dose d’autisme. Un trait de caractère que l’on retrouve chez beaucoup de gens autour de nous.

Etes-vous un Antoine Malo ?

(Rire). Il y a une part d’Antoine en moi, oui. Mais mon but est aussi de montrer qu’il y en a en chacun de nous.

Aviez-vous conscience qu’il serait difficile, voir impossible pour qui ne s’y reconnaît pas, d’avoir de l’empathie pour ce personnage ?

Oui bien sûr. Menteur est un film volontairement très émotionnel. Suivant le spectateur, il peut agir, c’est comme ça que je l’ai conçu, comme un miroir, une confrontation avec une part de nous-mêmes ou de ce que nous ne voulons pas devenir. Antoine est en pleine crise d’identité comme cela nous est tous arrivé.

Etes-vous donc d’accord avec ma théorie : si vous ne connaissez pas d’Antoine Malo autour de vous, c’est que vous êtes vous-même Antoine Malo.

Totalement.

Vous aviez en tête Jean-Benoît Ugent lors de l’écriture ?

Non. Il est arrivé après, au casting. Je n’ai pas hésité longtemps. Sa capacité à exprimer la retenue tout en montrant beaucoup de lui-même m’a vite convaincu.

La pression sociale et l’univers familial vu comme un milieu hostile et castrateur sont les thèmes principaux de Menteur. Vous avez une vision bien pessimiste de la vie, dites-moi.

Pas totalement. J’y ai voulu une note d’espoir. Antoine trouve à la fin du film en quelque sorte son propre chemin. Il est plus en accord avec sa propre identité. Dans la société d’aujourd’hui nous avons tous accès à une masse d’informations sur tout et tout le monde, nous permettant alors de nous identifier à n’importe qui au risque de se perdre totalement et de ne plus être soi-même. Ou alors de se noyer dans un tout, une identité collective. Un monde aussi où l’on fait croire que tout est possible laisse beaucoup de gens sur le carreau. Et puis aussi, je trouve que la notion d’espace intime a aussi beaucoup changé. La distance avec l’autre est toujours plus grande.

Des projets pour la suite ?

J’ai tourné la même année que Menteur, un court-métrage. En ce moment, je travaille en Angleterre sur mon prochain film. L’univers sera très différent mais il traitera à nouveau d’un sujet important pour moi, la place de l’individu dans le groupe.

Attention, question absurde. Il parait que lorsque vous voyez deux fois Menteur à la suite, au deuxième visionnement Jim Carrey apparaît sur l’écran ? Vous n’êtes bien sur pas obligé de répondre à cette question (je répète deux fois la question, Tom est anglophone et parle peu le Français).

Interview de D(Eclats de rires). Oui, je vois ce que vous voulez dire. Référence à Menteur-Menteur. Non, je n’ai pas encore fait l’expérience. Vous pouvez découvrir les premiers courts-métrage de Tom Geens, notamment les multi-récompensés Compassion et Wrong sur www.chickenfactory.co.uk

Interview par David Nicolas Parel

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