11.04
Après des études de théâtre à Dublin, Richard Johnson s’installe à Londres où il réalise cinq courts-métrages, dont Subterfuge qui fut distribué intentionnellement. Par la suite, il développe et réalise la série The Hidden City. Kali, présenté à Cinéma Tous Ecrans, est coproduit par Canal plus.
Comment est né le projet sur le papier ? D’où vient l’idée de cette femme « cyborg » bourrée de nanotechnologie ?
On vit dans un âge ou la science fiction devient réelle. L’université d’Oxford a ouvert un département de transhumanisme, la mort est considérée par certains comme une maladie, et on prévoit une fusion réelle entre l’homme et la machine, ce qui est facilement envisageable quand on voit la vitesse à laquelle on devient dépendant de nos pacemakers et de nos téléphones portables! Mais bientôt ces machines seront invisibles, intégrées à nos corps et on lira des informations sur nos rétines. Cette fusion n’est plus de l’ordre du fictif, elle est réelle. Je ne voulais pas porter de jugement moral là-dessus, simplement relever quelques questions par rapport à l’instinct, à l’individu.
Dès les premières minutes, on pense à Ghost in the Shell (le générique), les deux derniers Jason Bourne et aussi à Cours Lola Cours. Qu’est ce qui vous intéressait dans ces œuvres ?
Les deux premières influences sont clairement là. La troisième est moins consciente. J’admire beaucoup la réalisation de Paul Greengrass sur les derniers Bourne. Il a amené un côté quasi documentaire au film d’action que je trouve très intéressant. Ceci se rapproche aussi de la logique des jeux vidéos. Kali est un peu un avatar qui refuse d’obéir. Ghost in the Shell rejoint cet univers là.
La narration est très explosée. Les points de vue sont multiples. Vous n’aviez pas peur de perdre le spectateur ?
J’aurais voulu le perdre plus! Au départ, je voulais juste voir Kali poursuivie dans la rue et Stelit, un hacker qui essaye de la sauver, de façon à ce qu’on ne comprenne qu’a la fin. On a finalement rajouté des scènes explicatives mais je trouvais intéressant d’être avec Kali perdu dans Paris.
Cette mise en scène sur le vif et en totale immersion, laisse croire à une part d’improvisation sur le tournage. Est-ce le cas ?
Il faut comprendre qu’on travaillait avec dix ou cent fois moins qu’un budget d’action traditionnel, ce qui pour moi rendait l’exercice intéressant. Plutôt que de suivre notre héroïne avec un quand portant un steadycam, on a donné la caméra à un ex-champion de rollerblade qui s’était reconverti en caméraman, ce qui voulait dire que je pouvais lancer les acteurs dans la foule avec la caméra qui devait éviter les passants. Cette approche demande beaucoup de flexibilité et une certaine part d’improvisation, certes, mais qui partait d’une base structurée.
La manipulation est un des thèmes principaux de Kali. C’est un sujet qui vous tient à cœur ?
Oui, absolument. Ce qui est intéressant, c’est que plusieurs personnes, que ce soit les bons ou les méchants essayent au départ de contrôler Kali, mais elle refuse de se laisser faire. Elle ne sait plus qui elle était, mais elle commence à savoir qui elle va être. Elle fait confiance à ses instincts, ses émotions et elle commence à maitriser sa destinée. Les autres doivent maintenant s’adapter à elle.
Aviez-vous un découpage des scènes très précis avant le tournage ou cela s’est-il fait au montage?
J’ai mis en place certaines règles assez strictes au niveau du cadre. On savait qu’on allait être beaucoup de face, de profil, assez peu de trois quart, par exemple, pour avoir des images fortes, graphiques. On avait certains plans pré-établis, d’autres qu’on trouvait sur place, mais on n’avait jamais le temps d’hésiter. Il nous arrivait de tourner six séquences dans six lieux différents en l’espace de deux heures. Une fusillade qui prendrait normalement plusieurs jours se faisait en une heure et demie. Il fallait donc se jeter dans l’action quasiment en temps réel, mettant tous les intervenants en jeu en même temps.
Quels sont vos prochains projets?
J’ai trois projets de long métrages écrits, un quasi expérimental, à tout petit budget, et deux autres qui demanderont un peu plus de moyens. Je commence aussi à monter une structure entre Londres et Paris, qui doit venir de mon envie de rassembler ces deux cultures très différentes. On a pour but de produire des films, mais aussi d’explorer les possibilités de l’internet en termes de productions qui lui seraient spécifiquement dédiées.
Une adaptation de Kali pour le grand écran, cela vous intéresserait?
J’ai eu la chance de voir la version longue de Kali au cinéma Max Linder à Paris lors de la projection officielle de Canal, et c’est vrai qu’elle est pas mal en grand! Kali est intéressante sous toutes ses formes. C’est un personnage que je trouve attachant.
Vous avez fait vos études en Suisse. Cinématographiquement parlant, verriez-vous une aventure de Kali dans les rues de Genève?
Genève, comme Paris, est une ville qui porte une très belle architecture, presque noble dans son aspect. Souvent, ces villes sont filmées comme des cartes-postales, comme des villes musées, et c’est donc intéressant de les filmer plus dans le mouvement. On y découvre une autre énergie, moins prévisible. J’ai toujours voulu tourner en Suisse mais le projet ne s’est jamais présenté. J’ai inclus la Suisse comme une des destinations d’un road movie que j’ai écrit récemment. Il y a donc espoir….
Kali dans son quotidien.
Interview par David Nicolas Parel


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