11.06
Né en 1961, Fréderic Dumont a étudié la réalisation à l’institut des arts de Diffusion en Belgique. Son premier documentaire, Le chemin des Aigles, est lauréat de plusieurs prix. Suivront plusieurs autres tournés dans différents pays. Un Ange à la mer, programmé à Cinéma Tous Ecrans, est son premier long.
Vous avez une grande expérience du documentaire. Comment cela vous a-t-il servi pour votre première fiction ?
J’ai acquis avec le documentaire une plus grande rapidité de travail sur le tournage et une adaptation à tous les types de situation. Savoir rebondir est primordial. Ma façon de voir l’homme aussi vient de là. Dans mon film, il n’y a pas de super-héros, mes personnages ne sont ni totalement bons, ni totalement méchants. Ils sont avant tout humains. On retrouve cela dans le portrait que je fais du personnage du père et de la mère.
Vous dites que vous avez mis 10 ans pour arriver à bout de ce film. Vous n’avez jamais pensé à abandonner ?
30 ou 40 fois, au moins. Le film est passé par 22 commissions avant d’obtenir une réponse positive.
Un conseil pour ceux qui désespère avec leur projet inabouti ?
Persévérer. Travailler encore et encore. Ne jamais hésiter à jeter sa version pour en réécrire une nouvelle.
Quel a été l’élément déclencheur qui a permis de lancer la production du film ?
Le feu vert d’Olivier Gourmet. Une fois qu’il a dit oui, tout s’est accéléré. Son investissement de chaque instant pour que le projet se monte a été primordial.
Vous aviez écrit le rôle pour lui ?
Depuis le début quasiment. Dans la pièce ou j’écrivais, les photos de lui envahissaient les murs.
Un ange à la mer est tiré d’une histoire personnelle douloureuse. Cette blessure s’est refermée avec l’accomplissement du film et son succès (le film collectionne les prix dans les festivals) ?
Effectivement, Un Ange à la mer est basé sur une histoire personnelle qui m’est arrivée; à 12 ans mon père m’a appelé dans son bureau et il m’a dit le secret qu’il y a dans le film… Et cette «séquence», elle est filmée comme tel dans le film. C’est la seule séquence réelle du film. Et puis j’ai fait un scénario à partir de ça, et tout ce qui est autour de cette séquence-là est un mélange de fiction et de souvenirs enfouis depuis 30 ans qui ont changé et évolué avec le temps. Donc c’est de la fiction pour moi. Concernant mes blessures, le travail d’analyse sur moi-même, je l’avais fait avant. Je n’ai pas eu besoin de faire ce film pour me libérer. Par contre, écrire m’a permis de comprendre. Arriver au bout de cette aventure de première fiction n’a donné confiance en moi et m’a libéré artistiquement.
Cette relation père/fils empoisonnée par une maladie maniaco-dépressive peut être reçue de manière très frontale par le public. Avez-vous eu des réactions particulières de certains spectateurs ?
Une chose est sur, le film provoque un débat passionné après chaque projection. Le public est souvent bouleversé, retourné. J’ai eu un cas, à Karlovy Vary, un homme est venu en me disant «vous m’avez sauvé la vie, je me rends compte que je suis malade, que je maltraite mes enfants psychologiquement, je veux arrêter ça.» Rien que pour cette personne qui est venue vers moi, j’ai réussi mon but.
Un Ange à la mer
Interview par David Nicolas Parel


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